Les origines mystiques du féminisme (1)

Par Farida Belghoul

La femme jouerait au sein du foyer le même rôle que le prolétaire à l’ usine. Soumise et exploitée par son père puis son mari, elle devrait s’ affranchir de cette emprise. La domination masculine la diminuerait : sa prétendue infériorité serait justifiée par des arguments d’ ordre physique – sa faiblesse ontologique au regard de la force des mâles – et d’ ordre métaphysique – elle serait la cause du péché originel adamique, la tentatrice qui aurait été dans le jardin d’ Éden l’ intermédiaire entre le serpent diabolique et l’ homme primordial –. Donc la femme, si elle voulait s’ émanciper du patriarcat, aurait pour devoir de participer à la tâche de destruction du capitalisme et de ce qui lui servirait de base spirituelle, le judéo-christianisme.

Mai 68 et la naissance du féminisme

Un tel discours devint en vogue à partir des années 1960 et 1970, porté par des personnalités telles que Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi et par le Mouvement pour la Libération des Femmes, le MLF. Décennies de contestation dont le point culminant fut Mai 68. Décennies de forte expansion économique qui virent un affaiblissement des conflits relatifs à la répartition des richesses entre agents du capital et travailleurs, au profit d’ enjeux nouveaux : la question des femmes, des jeunes, des homosexuels, des étudiants et des immigrés.

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À la question sociale succédait celle des marges, la nature des conflits était désormais culturelle. Le sociologue Alain Touraine, dont la fille s’occupe aujourd’hui de la Santé (celle des firmes de l’industrie pharmaceutique, et non la nôtre, rassurez-vous), plaça les événements de mai/juin 1968 dans la continuité de deux glorieuses révolutions, celle de 1789 – la maçonnique – et celle de 1917 – la bolchevique –. La première fut une Révolution politique, la deuxième une Révolution économique, et la troisième, la sienne, une Révolution culturelle. Peut-être que la période troublée et ensanglantée qu’avait connue la Chine quelques années auparavant lui inspira cette idée ; idée de génie au demeurant pour l’ avancement de sa carrière universitaire. Le féminisme, dès lors, fut présenté comme un mouvement culturel qui tirait ses origines d’un Quartier Latin que des lanceurs de pavé bon chic bon genre avaient mis sans dessus dessous. Mai 68 serait l’ événement fondateur du féminisme : avec comme parrains des hommes venus de Francfort, Herbet Marcuse, Jurgen Habermas et Theodor Adorno, qui avaient revivifié le marxisme en y introduisant les travaux de Freud.

À n’en pas douter, le féminisme est l’enfant du XXème siècle, certes préfiguré par des pionnières, la plus célèbre étant sans doute Olympe de Gouges. Jamais auparavant les femmes ne s’étaient collectivement mobilisées pour faire valoir leurs droits spécifiques. Jamais elle n’avaient eu l’ idée de défendre leur honneur, en allant brûler par exemple sur la place publique des exemplaires de l’antique livre à la source de l’injustice qu’ elles subissaient. Jamais n’ avaient-elles décidé de réécrire le mythe d’Adam et Ève afin qu’ il n’entachât plus leur réputation. Aucune n’avait eu le bonheur de voir germer dans son cerveau l’idée de parler avec une acolyte musulmane, à cause, probablement, de l’aveuglement colonial qui se vantait de rompre avec l’ archaïque patriarcat oppresseur de la femme musulmane. Quel gâchis, car le Coran n’ impute pas à Ève la responsabilité du péché originel d’ Adam. Voir dans l’ islam un système féministe, quelle sottise, à l’ heure où l’on se remet à peine de l’invasion du burkini sur nos plages !

Rémi Hugues

A suivre…

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