Éducation Nationale : la grande muette !

Par Jean-Michel Bessou

Toute critique bientôt muselée, chez les professeurs qui n’approuvent pas les méthodes de fabrication de cancres à l’échelle industrielle :
Un nouveau texte officiel impose aux professeurs de parler tous – je cite entre guillemets : « à l’unisson », et il écarte toute expression non orthodoxe, « notamment sur les réseaux sociaux ».

Mais le gouvernement a-t-il jamais pensé qu’il puisse exister chez les enseignants, des syndicats d’opinions diverses ?

Dont certains, par conséquent, critiqueraient une politique d’enseignement destructrice pour les jeunes esprits ?

N’avoue-t-il pas ici que les syndicats déjà en place lui sont acquis ?
Et le pouvoir ne discrédite-t-il pas ainsi auprès du public, la parole des professeurs qui seront vite assimilés à des bien-pensants ?

Je me souviens d’une époque où l’instituteur, appelé aujourd’hui « professeur des écoles », était presque un membre de la famille : dans les années 60 on n’était pas assuré de faire des études secondaires, et même les élèves des classes modestes devaient commencer dans la vie active avec un bon bagage, fût-il réduit à celui d’une école primaire qui à l’époque cultivait l’Excellence. 

L’essentiel de ce que je sais de la langue française, je ne le tiens pas des études ultérieures que j’ai faites assez distraitement : je le dois à mon instituteur, monsieur Rio, qui faisait de nombreuses heures supplémentaires, non payées, pour que même les cancres de la classe puissent s’en sortir dans la vie. Il y avait d’ailleurs du travail à l’époque.

Bien qu’il enseignât au sein de l’école laïque républicaine et qu’il en respectât parfaitement les règles, ce Breton catholique n’était pas un fonctionnaire : c’était un apôtre !

Premier de ma classe – au prix de quelques horions que connut également Chateaubriand de la part de ses camarades… – j’étais pourtant un élève distrait, enclin à la rêverie : j’aimais énormément les poésies que nous enseignait monsieur Rio.
Bon élève, au fond j’étais un gentil petit imposteur, capable de tout apprendre sans rien étudier… Tout apprendre, sauf le calcul : 50 ans plus tard le compte bancaire du premier de la classe est dans le rouge dès le 10 du mois…

Un jour mon instituteur me surprit à ne pas l’écouter : je crois que j’étais en train d’écrire des vers, pendant son cours de calcul…
Une craie percuta ma table, et laissa une petite trace blanche sur ma blouse bleue… Elle est toujours sur mon cœur, comme un stigmate de la Grâce… (La mixité des classes était encore une innovation qui était expérimentée prudemment de l’autre côté de la cour, et les filles portaient de jolies blouses « roses » – en réalité, montrant des petits carreaux rouges et blancs alternés. Au printemps, cela s’harmonisait parfaitement avec les pétales de pruniers et de pommiers qui jonchaient la cour de cette école rurale : seule rivale du pinceau de Monet ou de Renoir, la brise délicate les y avait déposés…)

– Bessou, réveille-toi bon sang !
– Oui papa, euh pardon, oui monsieur…
Hilarité dans toute la classe, à qui cette méprise n’avait pas échappé…
– Tu n’es pas si fort en calcul, Bessou, il faudrait m’écouter quand je t’apprends à manier les nombres ! Je t’ai encore revu compter tes alexandrins sur le bout de tes doigts, alors tu quittes tes nuages et tu reviens parmi nous.

Et nous faisions du très bon travail ! À 10 ans, les meilleurs d’entre nous auraient pu donner des leçons à nombre de bacheliers d’aujourd’hui…
Nous conjuguions parfaitement des imparfaits du subjonctif, et nous comprenions à peu près la poésie de François Coppée, de José-Maria de Heredia, et jusqu’à « la dextre auguste qui consacre », un vers bizarre qui donnait pour moi une allure de mystère à une poésie de Leconte de Lisle…

Quand j’entrai en 6ème, les bons professeurs étaient rares, et l’esprit hélas n’était plus le même : mai 68 était passé par là…
Même les bons professeurs n’avaient pas la possibilité de faire du bon travail, et l’enseignement des mathématiques avait été conçu pour que les esprits les plus doués échouent lamentablement et prennent l’enseignement en dégoût…

Mais j’avais échappé à la méthode globale : c’êtait déjà ça !

Par la suite se multiplièrent en effet toutes ces innovations farfelues en matière de programmes scolaires :

– Les Mathématiques Modernes qui sont directement transposées de la sociologie socialiste, et qui forment des élèves incapables de calculer une surface, ou le volume du mortier qui sera nécessaire pour monter un mur de briques ! – le pouvoir ne voulait pas que les futurs citoyens rebâtissent la société à leur manière…

– La Méthode Globale déjà citée, qui applique à la langue française les principes de l’anglais et du chinois, et qui empêche ainsi le développement de l’esprit d’analyse nécessaire pour maîtriser l’écriture et la grammaire de notre langue : le pouvoir craint particulièrement que cet esprit critique s’applique à sa politique.

– Les Cours Non Directifs : ils avaient échoué déjà dans les pays anglo-saxons, où l’on avait vu des professeurs aux allures de hippies inviter les élèves à rechercher chacun sa vérité, mais sans leur donner pour autant le moindre outil pour mener à bien cette recherche d’ailleurs parfaitement légitime.
De la sorte, chaque élève était censé redécouvrir lui-même tout le savoir de l’humanité, sans bénéficier au départ des veilles laborieuses de tant et tant de générations antérieures…
Les politiciens, eux,  avaient une tout autre formation, afin de bien dominer les peuples esclaves de l’ignorance. 

– L’Histoire Structurelle, où le passé est aboli : plus de rois, plus de batailles, en tout cas plus de chronologie, plus de culture nationale où prendre racine – et Racine lui-même n’est plus qu’un écrivain comme un autre, que l’on placerait sur le même plan que Gabriel Matzneff…

Henri IV et Toutankhamon ne sont plus que des personnages occasionnels dans un grand livre d’images, et se côtoient dans un présent abstrait et artificiel, qu’il ne faut pas confondre avec l’Éternité…

La pyramide du Louvre est alors la petite sœur de celle de Gizeh : il est vrai que si elle reprend les techniques innovantes de Buckmister Fuller bien qu’avec moins d’audace cet architecte en 1968, elle est comme celle de Khéops une belle preuve de la folie humaine…

Mais dans leur aveuglement les Anciens avaient tout de même une grande et poétique vision des choses, et une faim de vérité : elle serait un jour rassasiée par la révélation d’un Dieu unique.
Les Modernes, eux, ne savent pas de quoi ils ont faim.

– Les Questions à Choix Multiple, ou QCM : grâce à cet artifice qui permet de répondre au hasard, le plus cancre des gamins pourrait glaner quelques points dans un devoir portant sur la physique nucléaire, ou sur les phénomènes chimiques à l’œuvre dans la connexion de neurones…

Aussi les ingénieurs de demain continueront-ils peut-être vainement à essayer d’allumer un soleil thermonucléaire dans le centre d’expérimentation de Caradache. C’est le tristement fameux projet ITER : à côté de cela, allumer l’eau de mer en y jetant une allumette paraîtrait chose faisable !
Deux prix Nobel de physique ont dénoncé cette imposture. (Par contre, les milliards que l’on injecte dans cette machinerie inefficace, en même temps qu’on y lance des atomes d’hydrogène radioactif qui ne produiront jamais l’électricité escomptée, sont bien réels, eux…)

Et les médecins de demain ne verront aucune objection à injecter les 11 vaccins aux nourrissons : s’il y a des infirmes et des morts, leur esprit n’aura pas été formé pour déceler une corrélation.

Ce n’est pas par hasard, si l’on veut maintenant former des « élites intermédiaires » de cette sorte-là, par un « enseignement » approprié.

Quant au peuple, il ne lui restera même plus les miettes d’un savoir qui soit applicable : la chaîne de la transmission du savoir au cours des âges sera rompue, mais en revanche on le gouvernera par les chaînes de son ignorance, comme le cirque populaire exhibait autrefois un ours maîtrisé par un anneau passé dans le nez.

« Une femme belle mais dépourvue de bon sens, est comme un anneau d’or au nez d’un pourceau », dit un Proverbe : c’est à peu près à cela, que notre élite veut que ressemble une populace formée par un tel enseignement.
Si détesté par les enseignants laïcards, Dieu avait été pourtant plus généreux avec l’homme : il l’avait créé à Son image.

Mais à la différence de à l’ours, c’est par le sexe et non point par le nez, que l’on tiendra cette populace : voilà pourquoi la dernière innovation monstrueuse de l’éducation nationale consiste à faire intrusion dans la sexualité supposée des enfants.

Tout cela, j’en passe et des meilleurs, c’est ce que l’on ne veut pas que les professeurs nous disent.

Et quant à restaurer une méthode d’enseignement alternative, comme l’a fait Farida Belghoul en composant une méthode alphabétique pour l’apprentissage de la langue, il n’en est même pas question : c’est pourtant ainsi, en comprenant la chaîne des lettres de l’alphabet, que le peuple se libèrera des chaînes de l’ignorance.

Jean-Michel Bessou

Pour accéder à la formation à la méthode syllabique destinée aux parents, cliquez sur ce lien :

https://instruction-publique.com/

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