Les nouveaux profs de français nuls en orthographe

Par Farida Belghoul

Dans les rapports de jurys aux concours de recrutement de professeurs des écoles (CRPE) comme dans ceux du Capes, les déficiences en orthographe sont souvent pointées du doigt par les correcteurs. Bien sûr, tous les candidats à ces examens ne franchiront pas le cap de la sélection et ne décrocheront pas un poste dans le primaire ou le secondaire. « Mais une partie non négligeable va passer à travers les mailles du filet », note un ex-membre du jury du Capes de sciences économiques et sociales (SES).

La pénurie de professeurs dans certaines matières y est aussi pour quelque chose. « Etant donné le problème de recrutement, on se retrouve avec des candidats reçus qui peuvent avoir une orthographe hésitante. Les correcteurs sont incités à une certaine indulgence », décrit Annie Kuyumcuyan, professeur de linguistique française à l’université de Strasbourg et ancienne membre du jury de Capes de lettres modernes.

C’est dans les comptes rendus de CRPE que les constats sont les plus alarmants. « Certains correcteurs qualifient de langage oralisé le niveau de langue utilisé », lit-on dans celui de la session 2017 de l’académie de Lille. Dans le volet « conseil aux candidats », il est signalé que « des phrases syntaxiquement bancales et comportant des fautes d’orthographe dès les premières lignes de la partie 1 ne mettent pas les correcteurs dans de très bonnes dispositions pour évaluer la copie ».

Au concours 2016 de l’académie de Créteil, « la qualité rédactionnelle des copies est souvent insuffisante (orthographe et syntaxe) ». A celui de Lyon cette année, certaines erreurs « surprenantes » ont été repérées : « bravourd » pour « bravoure », « le héro » pour « le héros », « le par être » pour « le paraître », « la monstruausité » pour « la monstruosité ». « Rappel : quatre est invariable », soulignent les auteurs du document.

«Un tiers environ des candidats semble méconnaître les principes fondamentaux»

Le jugement le plus sévère est peut-être dans le rapport de l’académie de Bordeaux en 2015 : « Un tiers environ des candidats semble méconnaître les principes fondamentaux pour s’exprimer dans une langue claire et correcte. » « On ne saurait, dans ces conditions, prétendre enseigner des principes qu’on ne connaît ou ne comprend pas soi-même », prévient le jury.

Aux examens du Capes, aussi, les fantaisies grammaticales sautent parfois aux yeux des examinateurs. En SES, « certains candidats commettent de nombreuses fautes d’orthographe et de syntaxe ». « On trouve des choses aberrantes. Non pas quelques maladresses dues au stress du concours mais des fautes grossières de niveau 6e, très loin des dictées de Pivot », nous confie un ancien correcteur. Selon lui, « les jeunes n’ont plus de points de repères » en matière d’orthographe et « les profs ont baissé la garde ». Au Capes d’espagnol, « le jury s’alarme une nouvelle fois de trouver de plus en plus de copies où la langue française semble totalement méconnue des candidats ».

Plus inquiétant encore, en lettres modernes, les subtilités de notre langue ne semblent pas être maîtrisées par tout le monde. Cela se voit bien en amont des épreuves. « L’orthographe des étudiants de lettres, de manière générale, et leur manière d’écrire ainsi que leur niveau en grammaire font frémir, davantage d’année en année », dénonce une chercheuse à l’université qui, par le passé, a corrigé des copies du Capes.

Source : leparisien.fr

2 commentaires sur “Les nouveaux profs de français nuls en orthographe”

  1. Des professeurs de français qui ne comprennent pas ce que vous leur dites -en français, cela va de soi- sont légion, chez nous.

  2. Quand les gens ne savent pas écrire cela laisse à penser qu ils ont également un déficit du langage parlé, et quand on ne sait pas parler on ne sait pas non plus se défendre!

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