Grands malades lucifériens

Par Lucas Deschamps

Ces extraits d’un entretien du Figaro avec  Laurent Alexandre, chirurgien-urologue, cofondateur du site Web Doctissimo, donne un aperçu sur les projets transhumanistes de ces grands malades qui bénéficient de la complicité de pseudo-théologiens.

… Comment fonctionne l’augmentation cérébrale?

L’augmentation cérébrale ne peut se faire que de deux façons: par sélection et manipulation génétique des embryons, ou par action électronique sur notre cerveau. Musk se refuse à toucher à l’ADN ; il ne reste donc que les implants intracérébraux. Ce projet suscite de la moquerie de la part de beaucoup de neuroscientifiques, qui le jugent irréaliste mais ils oublient que Musk délivre toujours ce qu’il promet ; la seconde est Musk peut mobiliser des moyens considérables et recruter les meilleurs spécialistes mondiaux payés à prix d’or.

Les projets révolutionnaires d’Elon Musk posent de multiples questions politiques. Serait-il éthique de ne pas augmenter les capacités cognitives des gens peu doués? Ces implants augmenteront-ils le QI de tout le monde de façon homogène ou les gens les plus intelligents bénéficieront-ils de facto d’un gain plus élevé, ce qui créerait un monde ultra inégalitaire? Les neurotechnologies vont bouleverser nos institutions: nous sommes à la veille d’une révolution de l’école dont le rôle va devenir la programmation, sous le contrôle de la CNIL, des prothèses cérébrales. Face à ces enjeux, les discours sur l’enseignement sont une succession de poncifs qui semblent bien niais à l’heure des manipulations cérébrales made in Californie.

Pourra-t-on vivre 300 ans?

Le seuil de 300 ans n’a aucun sens. En réalité, l’espèce humaine va devenir immortelle. Dans 100 ans ou 500 ou 1000 ans. Peu importe. La vraie question est celle du prix. Le pacte faustien avec la technologie est lourd de conséquences. On ne deviendra pas immortel sans de grandes modifications de notre humanité. La mort de la mort n’est qu’une étape: les transhumanistes veulent rendre l’univers éternel. Le premier à avoir compris cela était Charles Darwin. Il expliquait que si l’univers devait mourir, l’aventure humaine n’aurait aucun sens puisque toutes ses créations disparaîtraient. Quel est le sens de nos vies, si toute trace de notre civilisation disparaît avec la mort de l’Univers? Quel est le but ultime de l’humanité, de la science? Pour Clément Vidal, la réponse à cette dernière question est claire: le but ultime de la science est de combattre la mort de l’Univers, par la création artificielle de nouveaux univers. Après la mort de la mort, la science se consacrerait à combattre la mort de l’Univers. La cosmogénèse artificielle mobiliserait toute l’énergie de l’humanité dans les prochains milliards d’années. Après la régénération de nos organismes vieillissants, la régénération cosmologique viserait à rendre l’Univers immortel ou substituable.

L’économie numérique n’est fondée que sur l’intelligence et l’abstraction. Va-t-elle faire de nous des hommes hors-sol?

C’est un enjeu majeur. Il va falloir se battre pour garder un corps et non devenir des cyborgs voire des IA dépourvues de matière. Le premier enjeu est de sauver notre corps, avec tous les défauts et toutes les contraintes qu’il comporte. Certains transhumanistes ont pu imaginer qu’il serait formidable de s’en affranchir. Quand cela deviendra possible, on se rendra compte que ce paquet d’os, de sang et de muscles, cet amas précaire d’organes toujours plus ou moins dysfonctionnant, cette misérable enveloppe tant méprisée est en fait notre ultime racine. Renoncer à elle serait renoncer à nous. Avec d’autres auteurs, Teilhard de Chardin a introduit en 1922 le terme de «noosphère» pour désigner la troisième phase de développement de la terre, après la géosphère — matière inanimée — et la biosphère — vie biologique. Ce néologisme signifie «sphère de la pensée humaine». Le monde futur décrit par Teilhard est bien cette fusion neurotechnologique ou le corps disparaît progressivement. Je suis persuadé que le sauvetage de notre corps constitue l’un des trois piliers essentiels de notre humanité est avec le maintien du droit à nous déconnecter de la matrice et le maintien d’une part de hasard génétique.

La domination de l’intelligence peut-elle entraîner une sélection des humains selon leur Q.I, soit de l’eugénisme?

Cela me semble inéluctable et je regrette qu’il n’y ait aucun débat sur ces sujets. Difficile de ne pas voir où mène le toboggan eugéniste: les parents veulent le meilleur pour les enfants et souhaitent leur donner toutes les chances possibles dans la vie — Comment les en blâmer? Ils vont peut-être avoir tendance à vouloir choisir la taille, la couleur des yeux et des cheveux de leurs enfants. Mais plus encore, ils réclameront ce qui a un rôle déterminant dans la réussite sociale: un fort QI. Dès que cela sera possible et accessible, la demande d’amélioration de l’intelligence pour les futurs enfants va exploser. Selon un sondage réalisé en 2016, 50% des jeunes chinois éduqués souhaitent pouvoir augmenter le QI de leur futur bébé… Un pourcentage d’adhésion qui grimpera en flèche… dès que les parents se rendront compte que les enfants de leurs voisins ont tous 50 points de QI de plus que les leurs…

Une étude menée par Shulman et Borstrom en 2013 a montré que la sélection d’embryon donnait des résultats sensibles. Des progrès rapides peuvent être entrevus. Dans les 5 à 10 ans, les techniques de sélection d’embryons pourront permettre, si on le souhaite, une certaine augmentation des capacités cognitives des individus ainsi «produits». Mais cette augmentation restera limitée, et ne dépassera pas les augmentations collectives de QI que l’on a pu observer par le passé du fait d’un environnement globalement plus stimulant — l’effet Flynn mentionné plus tôt dans ce livre.

Néanmoins, montrent Shulman et Borstrom, il est possible d’aller beaucoup plus loin dans l’efficacité. L’utilisation de cellules-souches humaines de gamètes permet de procéder à une sélection itérative — répétée — d’embryons in vitro. L’effet cognitif pourrait devenir beaucoup plus notable conséquent sur plusieurs générations.

Comment maintenir le principe démocratique «un homme, une voix», si les différences d’intelligence s’accentuent?

On ne sauvera pas la démocratie si nous ne réduisons pas les écarts de QI. Des gens augmentés disposant de 180 de QI ne demanderont pas plus mon avis qu’il ne me viendrait à l’idée de donner le droit de vote aux chimpanzés.

Il va falloir parler QI ce qui n’est pas simple tant le sujet est politiquement chaud. Ne nous y trompez pas: le tabou du QI traduit le désir inconscient et indicible des élites intellectuelles de garder le monopole de l’intelligence à une époque où elle est de plus en plus le moteur de la réussite et du pouvoir: cela est politiquement et moralement inacceptable

L’homme ne se réduit pas à son cerveau. Il est aussi sensibilité et vie intérieure. Ces deux dimensions sont-elles menacées ?

Vous avez à mon sens tort, l’homme se réduit à son cerveau. Nous sommes notre cerveau. La vie intérieure est une production de notre cerveau. L’Église refuse encore l’idée que l’âme soit produite par nos neurones, mais elle l’acceptera bientôt comme elle a reconnu en 2003 que Darwin avait raison, 150 ans après que le pape déclare que Darwin était le doigt du démon. C’est d’ailleurs indispensable si les chrétiens veulent participer aux débats neurotechnologiques qui sont clé dans notre avenir. Jusqu’où augmente-t-on notre cerveau avec les implants intracérébraux d’Elon Musk? Jusqu’où fusionne-t-on neurone et transistor? Quel droit donne-t-on aux machines? L’émergence de nouvelles créatures biologiques ou électroniques intelligentes a des conséquences religieuses: certains théologiens, tel le révérend Christopher Benek, souhaitent que les machines douées d’intelligence puissent recevoir le baptême si elles en expriment le souhait. Les NBIC posent des questions inédites qui engagent l’avenir de l’humanité.

Source : Le Figaro.fr

1 commentaire sur “Grands malades lucifériens”

  1. Comment peut-on dire après la lecture de cet article que la médecine actuelle rencontre des problèmes avec les antibiotiques qui sont de moins en moins efficaces face à des bactéries qui mutent et deviennent de plus en plus résistantes ? C’est vraiment une médecine à 10000 vitesses.

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