Fuir pour échapper au placement abusif

Par Farida Belghoul

Pour sauver son enfant du placement abusif cette norvégienne a choisi de fuir et de quitter son pays. La Pologne va-t-elle accorder l’asile à la Norvégienne Silje Garmo et à sa fille Eira de 16 mois qui fuient les services sociaux de leur pays ?

Le ministre des Affaires étrangères Jacek Czaputowicz a depuis plusieurs mois déjà sur son bureau un avis favorable à la demande d’asile de la Norvégienne émis par l’Office des étrangers de Pologne. Après enquête et examen du dossier, ce dernier a confirmé que les droits fondamentaux de Mme Garmo sont menacés en Norvège dans la mesure où sa fille aînée Frøya, aujourd’hui âgée de presque 13 ans, lui a déjà été retirée sans respecter ses droits à une défense équitable et dans la mesure où l’Office de protection des droits des enfants (Barnevernet) norvégien cherche à lui enlever sans raison valable sa fille cadette.

Pour obtenir l’asile en Pologne, l’avis favorable de l’Office des étrangers ne suffit cependant pas et c’est le ministre des Affaires étrangères – et donc le gouvernement – qui décide en dernier recours. La décision du ministre Czaputowicz aurait dû tomber en février, mais la maman norvégienne qui a trouvé refuge avec son deuxième enfant près de Varsovie a été informée d’un report du délai d’abord à la mi-avril puis à la fin mai. Pourtant, la réputation du Barnevernet n’est plus à faire en Pologne comme dans les autres ex-pays de l’Est qui ont une diaspora dans la riche monarchie pétrolière scandinave.

Le gouvernement de Mateusz Morawiecki craindrait-il qu’octroyer l’asile à des citoyens norvégiens qui le méritent pourrait peser sur l’approvisionnement futur de la Pologne en gaz norvégien. D’un autre côté, l’affaire de cette Norvégienne et les pratiques du Barnevernet sont très médiatisées en Pologne, et exposer Silje Garmo à être extradée et séparée de sa fille par les autorités norvégiennes, alors que les pédiatres et psychiatres polonais ont confirmé qu’il n’y avait aucune raison de retirer la garde de son enfant à cette mère, pourrait avoir des conséquences désastreuses pour l’image du PiS chez ses électeurs généralement très attachés aux droits des familles.

Une autre affaire qui avait fait du bruit, c’était l’enlèvement en 2015 par le Barnevernet des cinq enfants d’une famille chrétienne pentecôtiste roumano-norvégienne, les Bodnariu, selon les motifs donnés à la famille (d’après cette dernière), officiellement pour cause d’allégations de « punitions corporelles » (en Norvège, même administrer à un enfant une fessée ou lui donner une simple tape sur la main sont des pratiques interdites).

Cette fois-là, c’est avec la Roumanie que la Norvège s’est trouvée dans une posture délicate, et cette affaire à en outre suscité une vague de manifestations devant les ambassades norvégiennes dans le monde. Les Bodnariu ont eu plus de chance que les Michalák : dans leur cas les autorités norvégiennes ont fini par céder à la pression internationale et ont restitué les enfants à leurs parents. Pour les jeunes Michalák âgés aujourd’hui de 8 et 13 ans, les contacts avec la mère sont toujours extrêmement limités et surveillés et même le grand-père tchèque des deux enfants n’a pas eu le droit de les revoir une dernière fois avant de mourir en septembre dernier. Dans d’autres cas, le Barnevernet a nui aux relations de la Norvège avec des pays qui vont de la Lituanie à l’Inde en passant par la Russie. Huit affaires concernant les abus des services sociaux norvégiens sont actuellement devant la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg et pourraient donc valoir des condamnations à la Norvège pour ses atteintes au droit au respect de la vie privée et familiale.

La particularité de Silje Garmo, c’est qu’elle est Norvégienne et qu’elle a fui son pays en emportant avec elle, puis en accumulant avec l’aide de l’organisation polonaise Ordo Iuris, un certain nombre de preuves des pratiques illégales et abusives du Barnevernet, ce qui explique peut-être l’acharnement particulier avec lequel les autorités norvégiennes la poursuivent. Si elle obtient l’asile en Pologne, ce sera la première fois depuis la Deuxième guerre mondiale qu’un citoyen de ce pays habitué à donner des leçons de droits de l’homme aux autres obtiendra l’asile dans un autre pays européen.

 

Source : visegradpost.com

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