Délégation de parents : un sens exploitable du mot laïcité

Par Michel Bry

Un chef d’établissement nous apporte ici un sens exploitable du mot laïcité. Il faut faire feu de tous bois pour protéger les enfants. Si la Laïcité est à notre sens la religion de la république maçonnique, ce point de vue de Michel Bry peut en effet être utilisable dans les entretiens avec les chefs d’établissement.

 

La laïcité n’est aucunement un argument utilisable par un chef d’établissement pour éconduire la délégation de parents qui viendrait en notre nom lui poser des questions et réclamer la présence de parents aux séances d’éducation sexuelle. Bien au contraire. Le fait que l’école soit laïque est en effet un argument qui justifie notre démarche et la rend tout à fait pertinente et même constitutionnelle.

 

Il faut bien comprendre que si la loi Aubry a été très mal appliquée pendant 17 ans, c’est qu’elle embarrassait considérablement les professeurs et les chefs d’établissement. Elle était à proprement parler inacceptable et tout à fait contraire au principe même de laïcité. Mais personne ne le faisait remarquer c’est ce qui encouragea nos adversaires.

 

Pour pouvoir « éduquer à la sexualité », il faut disposer d’une norme morale bien définie et acceptée par tous. Et c’est justement ce qu’une école laïque se refuse à avoir pour pouvoir accueillir tous les enfants quelle que soit la norme sociale à laquelle adhère leurs familles respectives.

 

Le mot laïque signifie populaire, indépendant d’un clergé particulier. Il ne signifie pas acquis à l’athéisme érigé en religion particulière et excluant toutes les autres sensibilités religieuses.

 

Dans notre histoire, le mot laïcité a fait l’objet d’une véritable escroquerie sémantique. Il fut d’abord utilisé par Jules Ferry et Ferdinand Buisson pour désigner une école qui accueillerait des catholiques, des protestants et des juifs pour leur enseigner un tronc commun de connaissances et une morale acceptable par tous. Elle y est parvenue jusque dans les années soixante. Le jeudi (puis le mercredi) était laissé aux parents pour qu’ils puissent à leur guise compléter la formation de leurs enfants par un enseignement religieux de leur choix.

 

Vingt ans après l’école publique, c’est la République qui devint laïque, c’est à dire neutre en matière religieuse, le 9 décembre 1905. Mais pour célébrer le premier anniversaire de cette loi de séparation de l’Église et de l’État, le ministre du travail René Viviani, un franc-maçon, prononça le 8 novembre 1906, devant l’Assemblée nationale, un discours ahurissant qui laissait entendre que la France aurait adopté l’athéisme comme religion d’État. Le ministre des cultes très embarrassé prononça un rectificatif le lendemain. À l’époque, la législation demeurait démocratique mais on oublia le rectificatif et le discours de Viviani resta gravé dans l’esprit des Français. Charles Péguy a relevé le fait dans ses Cahiers. Tout récemment (Est-ce un hasard ?), le square de Saint-Julien le Pauvre à Paris, en face de Notre-Dame, fut rebaptisé René Viviani pour réactiver l’escroquerie de 1906. Les lois Aubry en 2001 puis Schiappa en 2018 achèvent le travail de brouillage commencé par René Viviani il y a 112 ans.

 

Aujourd’hui, il est demandé aux chefs d’établissement de procéder à la destruction de la laïcité scolaire. J’ai été moi-même chef d’établissement scolaire et je sais comment on fait pression sur eux. En 1994, j’ai refusé de distribuer des publications pornographiques à des lycéens et cela m’a valu des ennuis jusqu’à ma retraite en 2015. Que nous soyons chrétiens, musulmans ou juifs, si nous résistons par amour de Dieu et de nos enfants, c’est nous qui sommes les défenseurs de la laïcité contre ceux qui veulent soumettre la France à la dictature d’un athéisme d’État.

 

Amitiés,

 

Michel Bry

 

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